EPT Londres 2007 - Compte rendu de Sir Cuts

Mardi 25 Septembre, 19h45, Aéroport de Toulouse-Blagnac.



Une dizaine de personnes me sépare du guichet d'enregistrement du vol Easyjet qui va m'emmener à Londres jouer mon premier tournoi EPT. Pourtant bien éveillé, j'ai des rêves plein la tête. Assis à une table pleine de joueurs stars que je n'ai pratiquement vu qu'à la télé, je relance dans tous les sens, bluffe, lis leurs jeux... Tout marche à merveille, je joue mon meilleur poker...Plus que 4 joueurs dans le tournoi, je suis entouré de deux amateurs et d'un pro, nous nous arrangeons pour nous éviter jusqu'au tête-à-tête final... J'élimine un qualifié sur internet... A peine deux minutes plus tard, je sors le joueur anglais... Nous voilà maintenant heads-up... Le match continue, intense, nous sommes tous les deux extrêmement agressifs, les blinds ne cessent d'augmenter, nous savons qu'un gros pot va bientôt se jouer et déterminer le gagnant...

"Passeport, s'il vous plaît"...Dans la file d'attente, c'est un agent de sécurité qui me fait atterrir.

C'est mon tour au guichet d'Easyjet. J'enregistre mes bagages. Le temps de boire un café et je monte dans l'avion. Deux heures de trajet, une demi-heure de "Gatwick express" pour rejoindre le centre de Londres, encore dix minutes de taxi et me voilà chez mon pote Kevin, au cœur de Soho, près de Picadilly Circus. Il m'aide à poser mes bagages car, vite! On doit rejoindre les autres dans un pub: "Tu vas voir, c'est super sympa. Mais on rentre tôt, tu joues demain, faut pasdéc...". Ok, ok...
Au pub, on retrouve Anthony ("TaLL"), Antoine("solody"), Guillaume ("Johny 001"); je fais aussi laconnaissance de Willy, le coloc' de Kevin, et de "calculer", un pilier du clubpoker. On boit quelques bières, on discute du tournoi, du Day1A qui vient de se jouer et de la super performance des Français Nicolas Levi et Pascal Perrault. Bonne ambiance, calculer, déchaîné, drague toute la boîte. Il tente même d'approcher une fille accompagnée quand Guillaume lui parie 10$ contre 1$ qu'il ne réussira pas à l'embrasser!...Résultat: calculer se contente d'un "hug", un vague calin, mais revient vers nous, tout content: "10 contre 1, j'avais une belle cote quand même! J'étais obligé de le tenter.."...Mention AB mais le jury, intraitable,considère que calculer a perdu son pari. Allez, il a quand même droit à une Guinness de consolation, offerte par Johny...

On rentre, on délire un peu, il est 1h. Je vais me coucher, laissant les autres en train de jouer au poker sur les PC installés un peu partout dans le salon...



Mercredi 26 Septembre, 10h, London.


Le tournoi commence à 13h, on doit rencontrer le staff Winamax, manger, aller jusqu'au casino. Mais d'abord se préparer. Autrement dit, petit coup de speed. Je lève Guillaume qui a mal dormi, Anthony "TaLL" est déjà debout, on se douche et on saute dans un taxi. Direction le Victoria Grosvenor pour découvrir le lieu de nos futurs exploits. Arrivé là-bas à 11h30, on est un peu déçu. Ce n'est pas l'effervescence attendue puisque le casino est tout simplement fermé... On appelle Winamax et on convient de se rejoindre pour discuter et manger ensemble. On cherche donc un restaurant en les attendant et, vu qu'on a pas tous les jours la chance de déjeuner à Londres, on opte pour quelque chose de typiquement British... Enfin, presque: menu"Chicken Mc Nuggets", frites et coca !

Me voilà fin prêt à en découdre avec les loups de l'EPT. On rejoint donc les autres au casino, l'occasion pour moi de faire la connaissance d'Antony Lellouche, de "Paco", le caméraman super sympa, et d'Angel, la bombe marketing de Winamax. On croise, entre autres, Daniel Negreanu, Andy Black, Patrick Antonius, Steve Zolotow côté international; côté français : Jan Boubli, Michel Abécassis, Thomas Fougeron, Fabrice Soulier. Tous seront de la partie aujourd'hui.

On vérifie que nous sommes bien inscrits -on ne sait jamais-, on prend rapidement nos badges de joueurs, on monte dans la poker room. Je retrouve enfin cette atmosphère de fièvre qui m'avait happé aux WorldSeries of Poker à Las Vegas. Ici, la salle est plus petite mais tout aussi remplie de vedettes, cadre superbe, grand standing. On retrouve mélangés les croupiers, les joueurs amateurs qualifiés sur internet, les joueurs sponsorisés, les grands du poker mondial, les managers et les serveurs. Tout le monde discute et se salue en attendant l'annonce des placements aux tables. Je croise des stars du net: Jimmy"gobboboy" Fricke, Hevad "Rainkhan" Khan (qui a aussi terminé 6ème du Main Event WSOP cette année), le Hollandais Noah Boeken ou encore le Suédois Mats Iremark, vainqueur de l'EPT Deauville 2006.

Première impression, il y a beaucoup de bons joueurs, dont une armée de Scandinaves, particulièrement réputés pour leur agressivité.

On affiche la composition des tables. Pour moi: table 6, seat 10.

Je reconnais immédiatement trois joueurs à ma table, Max Pescatori, le joueur Italo-Américain, gagnant d'un bracelet aux WSOP et facilement reconnaissable à son fameux bandana; le Finlandais Juha Helppi, client difficile, gagnant d'un WPT; et un joueur norvégien dont j'ai oulié le nom mais que j'ai déja rencontré à Las Vegas et contre qui j'ai joué des dizaines d'heures online, sutout en tête-à-tête. Je blague en lui faisant remarquer que j'ai la position sur lui, on discute deux minutes avant qu'il ne réalise...qu'il s'est en fait trompé de table. Pour être honnête, je ne suis pas mécontent qu'il bouge puisqu'il me connait très bien, nous jouons très agressifs l'un contre l'autre, et l'idée d'être plusieurs fois AllIn au premier niveau ne me plaît pas trop.

13h: "Shuffle up and deal"

C'est parti, je suis mon plan de jeu qui est de jouer énormement de mains aux premiers niveaux, quand les blinds sont encore faibles et les tapistrès profonds.

Le premier coup est aussi le dernier pour Juha Helppi puisqu'il perd son tapis avec A-A contre Q-Q qui touche son brelan au Flop. Après ce mini-drame qui laisse tout le monde sous le choc (car chacun sait qu'il en annonce bien d'autres et espère que ça ne va pas être son tour!), j'en profite jouer beaucoup de coups.

Le premier marquant: blinds 25-50, je relance avec 5-3 de Coeur et je suis sur-relancé. Je paye avec la position, et nous voyons un Flop 2-2-4 avec un Coeur; il mise, je paye; le Turn est le Roi de Coeur, qui me donne maintenant tirage de flush en plus de mon tirage quinte bilatéral. Il dit "Check" et je Checke derrière lui. La River est une Dame et je jette mes cartes, perdant un premier pot intéressant. Dommage.

Rien de grave pour le moment... Un peu plus tard, le joueur asiatique sur ma droite relance au "cutoff" (le siège juste avant lebouton) à 300, toujours aux blinds 25-50. Je paie avec 10-5 de Coeur et le Flop vient : A-J-4 tout Coeur ! Il mise 500, je le relance à 1700 avec ma couleur, il paie assez vite. Honnêtement, je suis surpris et,à cet instant, je le mets sur une bonne main. Il a sûrement mieux qu'une simple paire d'As... Le Turn n'est pas génial puisque c'est un 4, rendant maintenant un full possible. Il Checke et je Checke derrière lui, ce qui est, a posteriori, une erreur de ma part. La River est...un QUATRIEME COEUR. Angoissant car tout le potentiel de ma main semble anéanti. Mais Check-Check, il découvre A-6 sans Coeur et je remporte le coup. Wow, bonne table !

Les mains passent et je gagne un autre pot conséquent contre ce même joueur quand je mise au Flop et sur le Turn mais Checke la River avec 7-8 sur 4-7-8/ A/ 9..Il "Mucke" à la fin quand j'annonce deux paires. Excellent.

J'ai ensuite un petit coup de chance contre Pescatori, dans un pot à 5 joueurs sur un board de 4-5-Q / 9. Sur le Turn (un 9), il mise 400 dans un pot de 800, je le relance avec KJ à 1200, persuadé qu'il n'a rien; il me paie; la river est un J, je Checke et Call son Bet. Il montre A-3, un bluff total... et râle en disant que j'ai eu trop de chance.

Tout va de mieux en mieux, je me sens très bien et trouve ma table très bonne (pleine demauvais joueurs donc). On est toujours aux blinds 25-50. C'est là que Max Pescatori relance à 150, le bouton paye, je paye en Small Blind avec 7-4 de Pique, et le Big Blind rajoute 100.
Le Flop : Q-7-3 avec deux Piques...
Je parle en premier et décide de miser 500 dans le pot de 600. Immédiatement relancé par le joueur de Big Blind, à 1500. Max Pescatori me surprend quand il paye très rapidement les 1500. L'autre joueur folde, j'ai 1000 à payer. Rien d'évident. C'est une situation difficile puisqu'à premiere vue, je peux déjà être contre un brelan et/ou un tirage de flush supérieur. Du coup, il me sera impossible de miser si je touche un 7, un 4 ou un Pique. Je réfléchis un peu, je prends la température, j'observe... Il m'apparaît maintenant évident que Pescatori n'a rien de fort (au pire un tirage, au mieux une simple Dame avec un kicker As), le Big Blind lui n'a pas de tirage, j'en suis persuadé. Je décide donc de suivre et le Turn est un As de Carreau. Pas une bonne carte... Check chez moi, le Big Blind mise encore 1500, Pescatori abandonne...Que faire?
Je suis maintenant sûr que ce joueur de BB n'avait pas de tirage, je suis aussi certain qu'il n'a pas une main très forte puisque, pour ne miser que 1500 dans un pot de 6600, l'As semble lui faire peur. J'ai 1500 à payer et je suis certain que je gagne si la couleur sort. J'hésite un moment à relancer ALL INmais j'opte finalement pour payer (erreur) et essayer de toucher une des mes cartes bingo.
Je rate tout à la River. Check-Check et le type montre 7-3 offsuit pour deux paires. Je muck assez décu car au Turn les Piques et les 4 me font gagner, les As et les Dames me font partager. D'un autre côté, un 7 aurait été très mauvais puisque j'aurais sans doute perdu tout mon tapis avec un brelan contre un full. Relativisons.

Après ce gros coup, la situation se détériore. Rien ne va plus, je me fais tout le temps surrelancer pré-Flop, je ne trouve jamais d'amélioration au Flop. Je perd des petits pots en blinds comme celui-ci, où je relance avec 10-10 de Small Blind; payé par le big blind; flop A-10-2 tout à Pique. Avec mon brelan, je mise sur le Flop, mise sur le Turn, mais devant son obstination à me suivre, je Check-Call sur la River.Il me montre K-3 de Pique pour le jeu max. Patience Ludo, patience...

Mon tapis s'effrite avec les blinds, puis je perds un pot assez gros quand je Check-Call la mise de Max Pescatori à la River. J'ai A-J sur un board de A-J-5-10-10, mais il me montre A-10 pour un full "backdoor". Pas veinard...

Je me retrouve shortstackà 3600 aux blinds 150-300, je fais un move désespéré avec K-J et perd contre les deux paires du même joueur qui a eu 7-3 et K-3 à Pique.


Je quitte le tournoi assez décu. Autour de moi Guillaume n'a presque plus rien, Michel Abécassis est éliminé, Fabrice Soulier n'a pas grand-chose. Seul Antony Lellouche tire son épingle du jeu avec un tapis intéréssant et un contexte super-favorable... puisqu'il avait rejoint ma table depuis un tour ou deux quand je sors du tournoi.

Ne pas se laisser abattre! J'essaie d'analyser ce qui n'a pas marché. Bien sûr le gros coup perdu avec 7-4 m'a couté cher, mais je discute aussi avec des bons joueurs de ma derniere main. Elle ne plait pas à tous... En fait, globalement je pense avoir plutôt bien joué sans vraiment avoir une chance de monter un gros tapis. Alors, adieu les rêves de table finale...mais pour l'instant seulement.

J'espère qu'Antony va aller loin. Je rejoins l'autre Anthony qui, lui, est en cashgame et gagne pas mal. Guillaume est éliminé peu après... Nous rentrons chez Kevin avec Michel Abécassis où nous jouons à Wii Golf jusque tard dans la nuit. A l'arrivée, les gros gagnants sont TaLL et son jeu juste, et MIK.22 avec ses puts ravageurs.


Voilà. Je suis venu, j'ai vu, j'ai perdu. Mais ce n'est que partie remise! Je vais soigner ma déception en rentrant à Toulouse dès demain. Malheureusement. J'ai des examens à préparer car je me refuse de ne faire que du poker...Même si je vais passer le voyage en pensant à mes sessions de cashgame online à venir. Et à ma victoire dans mon prochain tournoi, le WPT Barcelone, où, cette fois c'est sûr, je vais écraser les stars.. En toute simplicité.

Lucovic «Sir Cuts»